Pour simplifier, je schématiserai la foi ainsi :

 

La foi sulbu, la première, que j'appellerai la foi solide ;

La foi sa'hilu, la seconde, que j'appellerai la foi liquide ;

Enfin la foi ghaziyu, la plus subtile, qui est comme une vapeur gazeuse.

 

1) Le premier degré de la foi convient au commun, à la masse, aux marabouts attachés à la lettre.

Cette foi est soutenue et canalisée par les prescriptions imposées par une Loi, elle-même tirée de textes révélés, qu'ils soient judaïques, chréteins ou musulmans.

A ce stade, la foi a une forme précise ; elle est intransigeante, dure comme la pierre dont je tire son nom.

La foi du degré sulbu est lourde et immobile comme une montagne.

S'il le faut, elle prescrit la guerre par les armes, pour assurer sa place et se faire respecter.

 

2) La foi sa'hilu (liquide) est la foi des hommes qui ont travaillé et affronté avec succès les épreuves du sulbu, de la loi rigide qui n'admet pas de compromis.

Ces hommes ont triomphé de leurs défauts et se sont engagés dans la voie qui mène à la vérité.

Les éléments de cette foi sa'hilu découlent de la connaissance.

Ils se rapportent aux vérités, d'où qu'elles viennent, sans que l'on ait à considérer leur origine ou leur ancienneté.

Ces vérités, recueillies et assemblées, forment un corps animé d'un perpétuel mouvement, d'une constante marche en avant, une marche de molécules d'eau qui sortent des creux de la montagne, ruissellent à travers diverses terres, s'accumulent aux obstacles, puis grossissent les rivières et fleuves pour, enfin, aller se jeter dans l'océan de la Vérité Divine.

Cette foi, tout comme son symbole liquide, mine les défauts de l'âme, ronge les rochers de l'intolérance et se répand partout, en prenant toujours la forme de son récipient.

Elle pénètre les humains selon les accidents de leur terrain moral.

La foi sa'hilu discipline l'adepte.

Elle en fait un homme de Dieu, capable d'entendre et d'apprécier la voix de tous ceux qui parlent du créateur.

Elle est vivifiante ; elle peut se solidifier et prendre l'aspect de la grèle lorsqu'il faut traiter les âmes qui en sont restées au degré primaire.

Elle peut se sublimer et s'élever en vapeur, comme la foi ghaziyu, dans le ciel de la Vérité.

Elle établit le régime de la cité de Paix où l'homme et l'animal vivent côte à côte, où les trois règnes vivent en frères.

Ceux qui la possèdent s'élèvent contre la guerre.

 

 3) La foi ghaziyu est le troisième et dernier terme. C'est l'apanage d'une élite dans l'élite.

Ses éléments constituants sont si purs que, dégagés de tout poids matériel qui les retiendraient à la terre, ils s'élèvent comme de la fumée dans le ciel des âmes pures et tendent à les remplir.

Ceux qui parviennent à cette foi adorent Dieu en vérité et dans la lumière sans couleur.

La Vérité Divine fleurit dans les champs de l'Amour et de la Charité.