Aujourd'hui plus d'un million de français (enquête du Comité français d'éducation à la santé, 1996) et 5 % des européens sont végétariens.

 

Le végétarisme est un nouveau mode de vie en plein développement qui touche des personnes de tout âge et de tout milieu social.

 

Dans la majorité des cas, l'adoption d'une alimentation végétarienne est vécue comme une prise de conscience déterminée par :

        => la recherche d'un régime alimentaire plus sain.

        => le refus de la violence infligée aux animaux d'élevage.

 

Les végétariens excluent donc de leur consommation les produits nécessitant la mort de l'animal.

 

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ÉTHIQUE

 

Parmi les philosophes de l'Antiquité ayant élaboré une véritable doctrine du végétarisme, Plutarque apparaît comme l'une des figures incontournables.

 

Auteur grec de l'antiquité tardive (1er siècle), on connaît surtout de ce penseur ses éternelles critiques des stoïciens, mais on oublie trop souvent de voir quel militant du végétarisme il fût.

 

C'est dans ses « Trois traités pour les animaux » (1) que réside l'essentiel de sa pensée sur cette philosophie, et plus précisément dans le premier traité, intitulé   « S'il est loisible de manger chair. »

 

Pour Plutarque, le végétarisme n'est pas un choix personnel, un mode de vie différent destiné à une minorité, mais la seule façon de vivre moralement.

 

Il s'agit bien ici d'une question de mode de vie, et non simplement d'alimentation.

En effet, sa promotion du végétarisme a pour seul but de réduire le nombre d'animaux tués.

S'il fait appel à des arguments d'ordre alimentaire ou métaphysique, c'est pour être sûr de pouvoir toucher le plus de monde possible, mais il n'en reste pas moins que sa démarche ait pour seul dessein de faire cesser le massacre des animaux.

 

Plutarque veut dénoncer cette injustice qu'est la consommation d'animaux, et il n'hésite pas à utiliser des mots et des images forts, comme l'emploi des termes meurtre ou cadavre.

 

Il dit ainsi, à propos des premiers mangeurs de viandes, ( mais cela reste valable pour tous les mangeurs de viande ) :

 

« Comment ses yeux purent-ils souffrir de voir un meurtre ? De voir tuer ? Écorcher, démembrer une pauvre bête ?

Comment son odorat put-il en supporter l'odeur ? Comment son goût ne fût-il pas dégoûté d'horreur, quand il vint à manier l'ordure des blessures, à recevoir le sang et le suc sortant des plaies mortelles d'autrui ? »

 

Pour lui, la véritable raison pour laquelle on mange de la viande se trouve aux origines.

Il s'interroge donc sur la provenance d'une telle habitude alimentaire.

 

Mais il va démontrer que cette coutume repose sur une mauvaise interprétation des nécessités du passé.

Tout d'abord, il veut savoir d'où provient cette institution.

 

C'est ainsi qu'il dit :

« le premier qui commença à manger de la chair aurait dû y réfléchir, non le dernier qui bien tard cessa de le faire.»

 

Pour Plutarque, ce n'est pas le végétarien qui doit justifier son alimentation, mais le mangeur de viande.

 

Le végétarien sait pourquoi il l'est, et attache son alimentation à des convictions profondes.

Au contraire, le « carnivore » ne se pose pas de questions, et mange de la viande parce qu'avant lui d'autres l'ont fait, ou parce qu'il aime ça, mais sans aucune autre forme de justification.

 

Plutarque veut donc inverser ce rapport, afin que ce ne soit plus le végétarien qui apparaisse comme une curiosité, avant besoin de justifier ses actes, mais bien au contraire le mangeur de viande.

 

Pour lui, les ancêtres commencèrent à manger de la viande, non pas par appétit démesuré ou par volupté, mais par nécessité dans des périodes de disettes ou les hommes en arrivaient jusqu'au cannibalisme pour survivre.

 

S'il excuse quelque part ces hommes qui instituèrent ce mode d'alimentation, Plutarque condamne néanmoins ceux qui, dans des périodes d'affluence de biens, perpétuent ce qui est devenu une tradition, mais qui demeure un massacre.

 

Selon Plutarque, l'homme n'est pas un carnassier.

Mais il est bien au-delà d'une bête féroce, car il ne tue pas par nécessité, mais par luxure.

 

Il dit ainsi que : « Si les autres animaux meurtrissent, c'est pour la nécessité de leur pâture, mais vous, c'est par délice que vous le faites. »

 

Il va dans cette mesure s'attacher à des critères physiques pour démontrer que l'homme n'était pas destiné à se nourrir de chairs.

Enfin, il ne manque pas seulement à l'homme les caractéristiques physiques du carnassier, mais aussi l'instinct de tueur excité par le sang.

 

Plutarque lance ainsi au mangeur de viande :

« Si lu veux t'obstiner à soutenir que la nature t'a fait pour manger telle viande, tue-la donc toi-même le premier, je dis toi-même, sans user de couperet ni de couteau, mais comme le font les loups, les ours et les lions qui, à mesure qu'ils mangent, tuent la bête.»

 

Il montre ainsi que la médiation d'outil met à distance la mort, car l'animal est tué avec des outils, mais il est aussi cuisiné, et non pas mangé cru et encore chaud.

Plutarque en dit que « il n'y a personne qui eût le coeur d'en manger telle qu'elle est, mais on la fait bouillir, on la rôtit, on la transforme...»

 

Par conséquent, le «carnivore » humain est condamné moralement, en vertu de l'incompatibilité de sa nature à ce régime, et par le manque de justification à ses actes.

 

Mais il l'est aussi et surtout par la profonde injustice, et l'immoralité de ses pratiques, car les victimes, ce sont les animaux.

 

Plutarque leur montre le plus grand respect, et les rend dignes d'être respectés et de vivre leur vie.

 

Il ne croît pas en une éventuelle possibilité de réincarnation de l'homme en animal ou inversement, qui a poussé nombres d'auteurs grecs antiques au végétarisme.

Il considère simplement que les animaux, quel que soit leur degré d'intelligence, sont assez intelligents pour mener à bien leurs existences respectives, et qu'on a pas à en faire des êtres inférieurs.

Car pour un peu de «plaisir » égoïste on leur ôte la vie.

 

Comme le disait Bion. un autre auteur de l'antiquité grecque « les enfants jouent à lancer des pierres aux grenouilles, mais les grenouilles, elles, meurent pour de bon.»

 

Pour Plutarque. cela est dit de la façon suivante :

« Pour un peu de chair, nous leur ôtons la vie, le soleil, la lumière et le cours d'une vie préfixé par la nature : et nous pensons que les cris qu'ils jettent de peur ne sont point articulés, qu'ils ne signifient rien...».

 

Dans son apologie du végétarisme, Plutarque semble dire : « ne mangez plus les animaux », pour que cessent les massacres dont ils sont les victimes.

Avec des idées nous paraissant d'une modernité déconcertante, Plutarque essayait déjà à son époque de convertir les siens à un mode d'habitation du monde plus pacifique.

 

Car beaucoup plus loin qu'un régime alimentaire, le végétarisme est une philosophie, une façon de penser le réel, et Plutarque est la parfaite illustration de la portée de la pensée végétarienne.

 

Emmanuelle Batifol

 

(1) PLUTARQUE, Trois traités pour les animaux, traduction Amyot. Paris, P.O.L.. 1992.

 

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Source : L'antivivisection n° 146

Revue de la Ligue Française contre la vivisection, 84 rue Blanche 75009 PARIS

 

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